Colloque à Lyon Mars 2018

Réunion UEF Lyon, 17 mars 2017 – Déficit démocratique de l’Union : quel rôle pour les partis politiques ?

Discours de Philippe MAZUEL lors du colloque:

27019900508_ee927c5ced_o

<<  Merci à M. Pierre JOUVENAT et à l’UEF pour leur invitation.

Je suis venu vous apporter un témoignage. Celui d’un laboratoire, expérimental, de la vie politique … européenne.

En effet, PACE, le PArti des Citoyens Européens, comme son nom l’indique clairement, n’est pas un parti national : il a été fondé d’emblée à l’échelon européen, sous forme d’une association internationale de droit belge. En outre, et c’est ça je crois qui rend le témoignage utile, il existe depuis presque 11 ans puisque c’est le 9 mai 2007 que nous en avons déposé les statuts.

Cette longévité en dit long sur 3 points : la motivation et la patience nécessaires à une telle entreprise ; et, par dessus tout, le fait que ce projet, je dis bien ce projet car il s’agit d’un processus de construction de long terme, répond à un besoin. En effet, on ne tient pas 10 ans, dans un projet, si on n’avance pas dans une direction qui trouve un écho.

I – POURQUOI PACE ?

Avant de tirer quelques enseignements de cette expérience, je voudrais vous expliquer pourquoi nous avons créé PACE. Nous sommes partis d’une idée simple : si nous voulons avancer vers l’unité politique européenne, nous devons impérativement impliquer les citoyens – y compris les plus modestes – car eux seuls peuvent légitimer les étapes de cette intégration politique. S’ils ne sont pas associés très étroitement à ce processus, afin de s’approprier la construction de l’édifice, d’avoir le sentiment qu’ils n’en sont pas seulement les locataires mais bien les propriétaires et même les architectes, alors ils jetteront un jour le bébé avec l’eau du bain comme les Britanniques l’ont fait en 2016. Car ce projet leur restera étranger. Et comme vous le savez, entre ce qui apparaît étranger et ce qui paraît hostile, le pas est vite franchi.

 

Et puisque nous parlons d’un projet européen et non d’un projet national, et bien ce sont les citoyens européens qu’il faut impliquer, non pas séparément, chacun dans son cadre national avec son logiciel politique national, mais ensemble, sans distinction de nationalité. D’où la création d’un parti politique européen qui a vocation à identifier et à défendre l’intérêt général européen, et non les intérêts nationaux, et à participer aux élections à partir d’un programme élaboré en commun par des membres de diverses nationalités.

PACE, COMMENT ? 

Nous sommes partis du principe que l’agrégation de partis politiques nationaux existants ne fonctionnerait pas car les « ADN » de ces partis sont trop différents les uns des autres. Nous sommes très sceptiques quant à leur capacité à bâtir, ensemble, quelque chose de véritablement cohérent.

Pour construire notre parti politique européen, nous avons donc choisi de partir d’un ADN commun, c’est-à-dire d’un noyau de valeurs et d’idées (voir : https://www.pace-europe.eu/raison-detre-de-pace/), puis de se développer en diffusant cette culture commune.

LES ENSEIGNEMENTS QUE NOUS TIRONS DE CETTE EXPÉRIENCE

1) Accepter d’être un laboratoire politique de niveau européen, c’est-à-dire de tâtonner, d’expérimenter, d’essuyer les plâtres. Et je peux vous dire que les obstacles, notamment juridiques, sont multiples.

2) En conséquence, ne pas être obsédé par le court terme mais savoir que l’on travaille à moyen et long termes, pour les générations futures. Ce qui permet, d’ailleurs, de ne pas être encombré de personnes mues avant tout par leur égo et leur ambition individuelle.

3) Sortir des logiques nationales, très prégnantes dans la vie politique et dans les médias, pour penser européen. C’est une des conditions pour avancer : se sentir Européen autant que national d’un Etat membre ; mais attention : si on est beaucoup plus Européen que national, on risque de ne pas comprendre certains enjeux politiques, de les négliger et d’être ainsi « hors sol ».

4) Ce souci d’ancrage explique pourquoi nous avons décidé de participer à des élections nationales, comme récemment l’élection présidentielle française, via La Primaire.org, puis les élections législatives, afin : 1°) de se confronter au citoyen ordinaire, à ses attentes, ses déceptions, ses espoirs ; 2°) de porter le discours européen dans le cadre national ; 3°) d’habituer les citoyens à voter pour des partis européens et non plus seulement nationaux. Il y a là une démarche à la fois d’auto-formation, de militantisme et de pédagogie.

5) Le leadership. C’est un point clé car il n’est pas de projet sans pilote. Or, le pilote d’un parti européen se doit non seulement d’être multilingue mais aussi d’avoir un style de leadership acceptable par tous les Européens. Le style « grande gueule » qui plaît tant à nombre de Français – et je dirais même à tant de Latins – effraie les Allemands car, dans ce registre, ils ont déjà donné. C’est ainsi que ma vice-présidente, de nationalité allemande, m’a dit un jour que le style de François Hollande plaisait bien aux Allemands.

6) Dans la construction et le développement d’un parti européen, il faut faire une large place à l’interculturel, c’est-à-dire accepter de sortir de ses schémas de pensée habituels pour voir comment une idée, un concept, sont perçus par les autres Européens. Je prendrai un exemple : si vous demandez à un Allemand ce qu’est le fédéralisme, il vous dira que c’est un système normal qui respecte les droits de Etats fédérés ; si vous demandez à un Français, il vous dira presque l’inverse, à savoir que c’est la centralisation du pouvoir au niveau fédéral.

7) Être dans une démarche multilingue ; s’il est un point sur lequel PACE se distingue de nombre de mouvements militant pour une plus grande unité de l’Europe, c’est le multilinguisme car même si nous constatons que l’anglais est devenu une lingua franca dans le monde, sorte de bas latin contemporain, nous sommes convaincus que nous ne ferons pas adhérer les citoyens ordinaires au projet européen si nous ne valorisons pas leur langue au sein de ce projet. Le Brexit est d’ailleurs une occasion unique de redonner une place plus importante aux langues autres que l’anglais dans les institutions et le projet européen, particulièrement aux plus parlées comme l’allemand, l’espagnol, le français, l’italien et le polonais.

——-

Pour conclure, PACE tient à apporter son total soutien à la procédure consistant, pour chaque parti européen ou groupement européen de partis nationaux, à désigner un chef de file (« Spitzenkandidat ») pour les élections européennes, ayant vocation à devenir président de la Commission européenne.

Car s’il est un point clé pour faire progresser la démocratie européenne, c’est bien celui-là : les citoyens européens ont le droit de choisir celui ou celle qui dirige la Commission, qui est de fait le chef de l’exécutif européen, le « Premier ministre » de l’Union européenne.

Or, le système du Spitzenkandidat le leur permet, exactement de la même manière que Mme Merkel a été élue chancelière, Theresa May Première ministre ou Mariano  Rajoy Président du gouvernement espagnol.

Ne cédons pas là-dessus, ne laissons pas le souverain européen, c’est-à-dire le Conseil européen des chefs d’Etat ou de gouvernement, décider librement qui dirigera l’Europe pendant cinq années car ce souverain n’a aucune légitimité démocratique de niveau européen, il est un simple collège de dirigeants nationaux, un super Sénat, en quelque sorte. Avec le système du Spitzenkandidat, le souverain collectif européen est tenu, comme la reine d’Angleterre l’est dans le cadre national, de proposer au vainqueur des élections européennes de devenir le chef de l’exécutif européen, sous réserve que cette personne soit capable de coaliser, au sein du Parlement européen, une majorité pour le soutenir.

La démocratie européenne est donc à portée de main. Encore faut-il expliquer ce système aux citoyens, particulièrement en France où l’on a totalement oublié ce qu’est une démocratie parlementaire puisque nous vivons depuis 1958 sous une monarchie républicaine, système tout à fait atypique en Europe.

Ce qui manque à l’Union européenne, c’est d’être connue et reconnue de ses citoyens. Elle ne pourra l’être que si, enfin, elle s’incarne ; s’incarne dans des partis politiques, s’incarne dans des dirigeants.

Merci de m’avoir offert cette occasion de partager avec vous notre enthousiasme et notre foi en l’Europe     >>

Pour en savoir plus:

https://www.uef.fr/Quel-role-pour-les-partis-politiques

Compte rendu du Colloque « Déficit démocratique de l’Union Européenne – Quel rôle pour les partis politiques ? »